Assise à la terrasse d'un café, elle ne voyait pas ce qu'il se passait autour d'elle, perdue dans une introspection trop profonde. Elle n'arrivait pas à mettre en ordre les bribes de sa vie , tant elle lui semblait décousue. Elle se demandait si le semblant de bonheur dans lequel elle évoluait n'était pas trop cher payé.

   Elle ne remarquât pas qu'un homme venait de s'asseoir à une table voisine de la sienne. Un homme âgé, très âgé certainement, mais de son regard semblait rayonner une énergie, une vivacité, mais aussi  une certaine douceur. Le vieux s'adressa à elle d'une voix grave mais  douce : " Puis-je m'asseoir à votre table ? " 

   Pas un instant elle ne songea à refuser et elle lui rendit son sourire, difficilement. Aussitôt près d'elle il lui prit une main qu'elle ne put retenir. Cet homme avait un ascendant incroyable sur elle.  Elle sursauta quand il lui dit d'une voix basse qu'il savait à quoi elle pensait :

 -  Je vous connais, vous souffrez beaucoup.

 -  Comment pouvez vous dire ça ?

 -  Vous pensiez trop fort, tout à l'heure, il m'était facile de vous entendre, c'est pourquoi je me suis assis près de vous.

 -  Je n'ai pas prononcé la moindre parole, comment avez-vous pu m'entendre ?

 -  Un simple entraînement m'aurait suffit, vos pensées étaient si fortes. J'ai  entendu vos souffrances mais vous vous trompez. Vous les cultivez, ces souffrances, pour en camoufler d'autres, plus anciennes, et c'est de celles ci qu'il vous faut guérir, dans un premier temps.

 -   Mais vous êtes fou, je ne vous connais pas, taisez vous, allez vous en !

   Il tenait toujours sa main dans la sienne qu'elle ne pensait pas à lui retirer. Il la serra un peu plus fort en se levant et lui dit :

 - Venez, je peux vous aider.

   Elle se leva et le suivit...